1942: Ossessione (Les amants diaboliques)


Giovanna (Clara Calamai) et Gino (Massimo Girotti)

Ce recueil de textes est extrait du Dossier de presse de la filmographie viscontienne, paru dans la revue Cinéma 76, numéro 211.

"    L'événement le plus intéressant était, et reste toujours, le vagabond, entièrement créé par moi. A travers lui, j'ai voulu représenter les thèmes essentiels de mon œuvre: les problèmes sociaux et la poésie..." (1)

Luchino Visconti


     Visconti avait à l'époque une idéologie romantique, héritée du passé, revécue à travers le réalisme poétique français et le naturalisme américain dont Ossessione porte les traces évidentes.

(Yves Guillaume. Visconti)


     Dans Ossessione, Visconti concentrait en une œuvre unique, en un film éclatant les ambitions, les protestations, l'ironie et le dédain de tout un groupe d'intellectuels avides de toucher, de goûter, de découvrir ce monde que pendant vingt ans le fascisme avait tenté de cacher et de détruire.

(Carlo Lizzani. Le Cinéma italien)


     Gino et Giovanna ne sont pas représentatifs d'une couche sociale donnée et encore moins porteurs d'une revendication collective. Ils s'aiment, se déchirent ou se lassent: c'est tout. Il est infiniment probable que  le néo-réalisme aurait pris le départ, dans les mêmes conditions, si Visconti n'avait pas tourné le film.

(R. Borde et A. Bouissy. Le néo-réalisme italien)


     A l'époque chaque détail vrai avait une vertu polémique par le seul fait qu'il était vrai. Ce grouillement, ces guenilles, voilà qui démentait le masque impérial que le fascisme avait donné à l'Italie. Après vingt ans d'épopées fracassantes, d'opéras filmés, de comédies cosmopolites, on voyait une "osteria" qui n'était pas l'Auberge du Cheval Blanc.

(R. Borde et A. Bouissy. Le néo-réalisme italien)


     Avec Ossessione, la découverte du pays, dans ses aspects quotidiens et pourtant secrets, devenait un programme pour nos plus conscients réalisateurs et du coup le film, avec sa charge de révolte, symbolisait une rupture, proposait un programme que le cours précipité de la guerre, des événements politiques devait momentanément interrompre, en attendant ce redémarrage collectif dont les résultats seront étiquetés: néo-réalisme.

(Giulio Cesare Castello. Luchino Visconti)


     Ossessione est un film sur le pouvoir destructeur de la passion sexuelle.

(Geoffroy Nowell-Smith. La Revue du Cinéma, n°237)


     Ainsi Visconti fut conduit tout naturellement à une écriture basée souvent sur la profondeur de champ et surtout sur le mouvement de la caméra qui suit longtemps les personnages; qualités d'écriture toutefois discrètes car nous sommes loin de toute agressivité visuelle â la Welles.

(René Gilson. Cinéma 59, n°41)


     Avec Ossessione la grande leçon de Renoir (dont Visconti fut l'assistant) fait une entrée triomphale dans le cinéma italien, qui renoue à cet instant avec tout un passé de réalisme: Ie plein air, la vie des gens du peuple, la sympathie pour les humbles, l'exaltation non conformiste de la vérité des sentiments.

(Marcel Martin. Cinéma 62, n°64)"


 (1): Luchino Visconti parle ici du personnage de l'Espagnol, et non de Gino.

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